800 à 1.000 personnes enterrées sous X chaque année

Pour améliorer la lutte contre le crime, gendarmes et policiers souhaiteraient que plus aucun anonyme ne soit enterré avant des prises d’empreintes génétiques, dentaires et digitales.
samedi 8 septembre 2007.
 
Un groupe de travail auquel a participé l’ancien patron de la section de recherche de Reims (NDLR : le Colonel Vaillant, membre de ViES), suggère au ministère de la Justice que l’on n’enterre plus les anonymes sans prélèvements préalables. L’idée d’un véritable fichier des disparus prend forme.

D’après un article de Christophe Perrin, journaliste à L’Union


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PARMI les 800 à 1.000 personnes enterrées sous X chaque année en France, combien de disparus recherchés par leurs proches, combien de criminels sur lesquels la police enquête ? La question taraude le colonel de gendarmerie Joël Vaillant, à la retraite depuis peu, ancien patron de la section de recherche de Reims, connu notamment pour son enquête sur les disparus de Mourmelon « Sur les trois dernières années en France, si 85 % des crimes de sang ont été résolus, 450 restent des mystères. Et je ne parle ni des tentatives d’homicide, ni des coups et blessures volontaires. » Statistiques à l’appui, l’officier tente de convaincre la Chancellerie de ne plus laisser enterrer « à la va-vite » ces centaines d’anonymes. « Aujourd’hui, si un inconnu meurt dans un hôpital d’une maladie, il est ensuite inhumé dans une fosse commune. » Dans le pire des cas, ces inconnus enterrés dans la partie du cimetière non concédée, peuvent être incinérés au bout de cinq ans. La mairie étant en droit reprendre possession du terrain. « Cela signifie alors une disparition totale qui peut poser des problèmes », confirme Joël Dangléant, du service de l’état civil de Reims.

Vers la création d’un fichier

Dans une réfléxion sur le traitement des crimes en série, un groupe de travail, réuni par l’ancien garde des Sceaux Pascal Clément, vient de d’aboutir à 27 préconisations. Deux rejoignent la préoccupation de Joël Vaillant. Premièrement : la mise en place d’un fichier national des personnes disparues ou recherchées intégrant des données générales fournies par les familles, des données médicales et dentaires ainsi que de l’ADN. Deuxièmement : la prise d’empreintes avant tout enterrement sous X, à l’instar de ce qui se passe aux Etats-Unis. « Nous souhaitons qu’il y ait des prises (JPG) d’empreintes dentaires, génétiques et digitales comme c’est le cas quand un inconnu est retrouvé mort sur la voie publique et que la justice recherche les causes de la mort », souligne le commissaire Frédéric Malon, patron de l’office central de lutte contre les violences aux personnes, et membre du groupe de travail. « Nous pourrons ensuite croiser les données avec les différents fichiers. » D’autres services, notamment celui chargé de retrouver les condamnés en fuite, y voient un intérêt majeur. Ce fichier pourrait éviter de longues et coûteuses investigations pour tenter de retrouver des personnes déjà décédées.

Pression des associations

Les associations de victimes, comme Vies (Victimes en série) qui regroupe plusieurs familles de l’affaire Fourniret, exigent également à cor et à cri un fichier des disparus. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, a appuyé le projet en juillet, lors d’une rencontre avec les associations de défense des victimes. « Une affaire élucidée, c’est une victime rétablie dans ses droits », avait alors rappelé la ministre. Au ministère de la Justice, la Direction des affaires criminelles et des Grâces vient de demander une évaluation financière des empreintes odontologiques. Sachant que, si le projet va à son terme, plusieurs modifications législatives s’imposeront.

Christophe Perrin

Source : Union du 8 septembre 2007 (JPG)


Yann Barthe : six ans de recherche

Yann Barthe, 20 ans, un étudiant de Bordeaux, a mystérieusement disparu après une rave party près d’Alès, en août 2000. Pendant six ans, ses parents l’ont recherché sans relâche.

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Serge Barthe
Serge Barthe a retrouvé son fils dans un cimetière de Saône-et-Loire, enterré sous X.

Appels à témoins sur internet, visites des commissariats, des gares, courriers à des magistrats... En vain. Désemparé, Serge Barthe contacte alors Me Didier Seban, avocat dans le dossier des disparues de l’Yonne, également conseil d’une partie civile dans l’affaire Fourniret. Corinne Herrmann, collaboratrice de Me Seban a collecté l’ensemble des procédures : « Il y en avait dans sept tribunaux différents. L’une d’elle faisait état de témoignages qui évoquaient un jeune homme tombé d’un train. On savait également que Yann Barthe avait été verbalisé pour avoir pris le train sans billet. » Des indices que le cabinet d’avocats demande à la justice d’exploiter. Me Seban obtient l’ouverture d’une information pour disparition inquiétante. « Nous avons suggéré au juge d’instruction de vérifier toutes les découvertes de corps le long de cette voie », se souvient Corinne Herrmann. Le juge établit que 2 heures après que l’étudiant a pris le train, un cadavre gît près de la voie ferrée, sur le territoire de Lux, en Saône-et-Loire. « Si cette affaire s’était déroulée en région parisienne, nous n’avions quasiment aucune chance, six ans, après, de retrouver le corps. Mais les habitants de Lux avaient été émus par ce jeune mort anonyme. Le village avait décidé, à ses frais, d’offrir une tombe à Yann. » C’est ainsi que M. et Mme Barthe ont pu retrouver leur fils. Un test ADN a confirmé l’identité du jeune homme. « Ces six années d’attente ont été une souffrance supplémentaire que l’on aurait pu nous éviter », déplore Serge Barthe. Depuis, Me Didier Seban, comme plusieurs associations de victimes, se bat sans relâche pour la création d’un fichier ADN des personnes décédées sous X. C.P.



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