Principes de l'A.C.B.

Il faut distinguer l’humilité qui est de se considérer soi-même à son juste niveau, et l’humiliation, son exact contraire, qui est une contrainte extérieure pour amener un homme plus bas que terre. Il ne peut y avoir d’humilité dans l’humiliation. De même, il ne peut y avoir d’intégration dans un groupe par la peur, l’humiliation ou toute forme de rabaissement et d’infériorisation, surtout, mais pas seulement, pour un nouveau venu. Un nouveau a besoin de prendre ses repères et non de les perdre. Nous croyons aux droits de l’individu, que nous ne confondons pas avec l’individualisme. Les bizuteurs défendent leurs actes en disant que c’est une tradition. Mais la vraie Tradition, c’est de respecter les  personnes. La Tradition impose donc de lutter contre le bizutage, au nom de la dignité de l’homme. Dans notre civilisation, le groupe n’a de sens que parce qu’il permet aux individus d’exister tels qu’ils le veulent, le groupe, la communauté ou la société n’ayant de droit sur les individus qu’en tant que ceux-ci nient les droits d’autres individus ou ceux de la société qui sert les individus. La société à une existence propre, mais faite en faveur de l’ensemble des individus. Dans le bizutage, le groupe ou une petite communauté veut imposer sa loi, même temporairement, aux individus en niant leur existence personnelle et comme ayant un passé propre. Un doyen d’une faculté de médecine disait, en parlant du bizutage dans son établissement : « je ne veux pas de pisse-froids chez moi ». Ce n’est pas le combat contre le bizutage qui participe à l’ordre moral, c’est le bizutage qui est totalitaire en ce qu’il oblige à être quelque chose de défini qui n’est pas nécessaire à la vie en société. Le propre du bizuteur est de s’arroger un droit indu sur d’autres, avec pour fin proclamée d’assurer la cohésion du groupe, et pour fin réelle une satisfaction pulsionnelle. Tout le progrès civilisationnel consiste à réduire au maximun les bas instincts et non à permettre leur expression. Les bizutages étant bien souvent sexistes et sexuels, rappelons que le sexe est de l’ordre de l’intime et non de l’ordre du groupe social. Le bizuteur produit une double déviation symbolique et réelle par rapport aux droits des individus et à la fonction de l’ordre social.

La situation actuelle du bizutage

Ne nous le cachons pas : la situation sur le terrain est globalement la même qu’avant 1997 et l’action de Madame Royal contre le bizutage. Si les bizutages ont diminué d'intensité, leur nature reste la même: infériorisation et humiliations souvent sexuelles.Même si aujourd’hui certains ministères ont pris le problème plus au sérieux, la réalité du bizutage est désastreuse. Sauf trop rares exceptions, les établissements ne sanctionnent pas les bizutages du fait que, souvent, ils participent, aident ou encouragent eux-mêmes aux bizutages, et en tout cas ferment les yeux sur ces pratiques. On se trouve devant la situation que ce sont les établissements qui doivent sanctionner les bizutages alors que, souvent, ils en sont les complices, ou n'ont pas intérêt à dire ce qui s'est réellement passé. A la fois juge et partie en quelque sorte. Les autorités de tutelle, c’est une des spécificités du bizutage, ne joue quasiment pas leur rôle de contrôle. L’article 40 du code de procédure pénale qui oblige tout fonctionnaire à faire connaitre à la justice un fait délictueux porté à sa connaissance dans le cadre de ses fonctions n’est quasiment jamais appliqué en la circonstance, tout comme l’obligation de prévenir systématiquement le procureur en cas de bizutage dans l’éducation nationale. Malheureusement, des institutions participent elles-mêmes à la loi du silence dans les cas de bizutage en n’établissant pas de rapport administratif sur ces affaires, ou en refusant de les faire parvenir aux associations contre le bizutage comme le veut la loi de 1979 sur l’accès aux documents administratifs, même si on peut noter une nette amélioration sur ce point précis.

Ce qu’on peut dire aujourd’hui du bizutage en France, c’est qu’il s’est généralisé dans l’éducation, dans le monde du travail et dans d’autres sphères sociales, comme l’enterrement de la vie de jeunes filles ou de jeunes garçons. Dans le sport, le bizutage est omniprésent à tous les niveaux. En dix ans, les cas de bizutage sexuel ont augmenté. L’alcoolémie reste très importante dans ce type de pratique.

 

Les propostions de l'ACB

Tout ce que l’on peut voir du bizutage montre que l’accueil des nouveaux par les élèves des années supérieures n’est pas amendable. L’humiliation est considérée comme de droit par les anciens. Les institutions ne veulent pas réagir.

C’est pourquoi l’A.C.B. est abolitionniste en la matière : nous sommes pour l’interdiction pure et simple de tout accueil des nouveaux par des élèves. En raison de l’inertie générale des institutions sur les cas de bizutage, il nous paraît nécessaire de : 1/ valoriser les établissements qui ont interdit tout accueil par les élèves, 2/ mettre en oeuvre une politique de sensibilisation des acteurs éducatifs, 3/ proposer une information des élèves sur ce qu'est le bizutage et comment le refuser,  4/ rendre obligatoire la constitution de rapport administratif en cas de suspicion de bizutage, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, 5/ rendre obligatoire une enquête externe à l'établissement, 6/ demander aux ministères concernés par le bizutage de convoquer une réunion où seront passés en revue tous les cas de bizutage de l'année, 7/ permettre aux associations contre le bizutage de se porter partie civile à la place des bizutés, 8/ créer un corps d’inspection interministérielle dont les membres seront pris uniquement parmi ceux qui auront montré un réel désir de combattre le bizutage.