L'art contemporain au musée Malraux par Ger Van Elk.
L'intimité, l'intime « entre » soi, avec les autres ou dans notre relation à l'art lorsque l'on regarde un tableau, une vidéo, une sculpture. C'est bien là, la proposition de Ger Van Elk, commissaire de la deuxième édition de la Biennale d'art contemporain du Havre 2008. Il y aura ce que nous dira Ger Van Elk de la représentation de l'intimité, ou de l'intime, dans l'art en général. Grand, petit, où se trouve l'échelle de valeur…? Il ne s'agit pas tant du « je » ou du « moi »
que la relation de notre propre regard avec l'œuvre exposée et la manière dont elle est exposée. Voilà ce que nous dit l'artiste Ger Van Elk : « L'intimité nous sert à chercher d'autres moyens que les stratégies de guérilla qui prévalent actuellement dans la culture événementielle et dans l'art contemporain. Il est important d'en énoncer le principe et d'affirmer que nous pouvons établir d'autres relations, que d'autres expériences sont possibles. La ville du Havre est un lieu spécifique avec sa propre histoire, sa propre culture, ses quais, son qua
rtier reconstruit, son centre historique, la mer, les collines. L'intimité entre en jeu en définissant les relations. Elle s'attarde sur un site en particulier : le quartier bombardé par les Anglais durant la Seconde Guerre Mondiale et sa reconstruction par Auguste Perret.


Le bombardement ne m'intéresse pas en tant que fait historique et l'architecture de Perret n'évoque pas simplement un mélange romantique de construction bétonnée et du néoclassique. Il s'agit de l'expérience d'une transformation brusque, d'une expérience de la perte et de l'espoir. Au cours de ma visite au Havre pendant l'été de 2006, j'ai vu l'ombre et le soleil, l'avenir d'autrefois devenir le passé, perçu la présence humaine et une absence mélancolique. C'est comme regarder un tableau de Chirico. Une expérience humaine fondamentale ; une réflexion sur sa présence en tant qu'être humain. C'est l'urgence de ce sentiment qui se traduit par la thématique de l'intimité». Cette intimité, ce jeu avec l'intime qui balise l'art contemporain lorsque Marcel Duchamp cède la place à Rose Selavy, lorsque Gilbert et George deviennent, en 1969, « des sculptures vivantes ». L'intimité comme représentation dans l'art contemporain, l'intime comme perception de soi. Cette formidable phrase du philosophe Michel Foucault cité par Élisabeth Lebovici dans l'ouvrage « L'intime » : « Mais les rapports que nous devons entretenir avec nous-mêmes ne sont pas des rapports d'identité ; ils doivent être plutôt des rapports de différenciation, de création, d'innovation. C'est très fastidieux d'être toujours le même. »
Ger Van Elk est né en 1941 à Amsterdam. Il étudie l'histoire de l'art à Los Angeles puis en Hollande à Groningen entre 1961 et 1966. Chez Ger Van Elk l'art se confond avec la vie et il avoue que sa double éducation religieuse, protestante puis catholique, a influencé tant sa personnalité que ses choix artistiques.
Il débute dans les années 70 avec la photographie, sur lesquelles il crée l’abstraction par la peinture qu’il applique au pinceau, manipule la perspective avec un encadrement original, joue sur la symétrie et le relief. En 1990, il s'attache à nier les contraintes artistiques qui ont traversé l'Histoire avec des sculptures-installations. Il développera par la suite un art photographique et pictural sur Plexiglas traitant le thème du paysage. En 2000, Ger Van Elk aborde une autre technique inspirée des néo-impressionnistes - les pointillistes-, avec une série d'œuvres qu'il construit sur des écrans plats. Les pixels sont utilisés comme ancrage pour ses représentations, l'artiste se laisse guider par la poésie de l'œuvre dénuée de message, telle une abstraction particulière émergeant sur une toile animée.