JASON DODGE
ARMS REMOVED FROM THE CLOCK OF THE HÔTEL DE VILLE
15h 50
Une lumière laiteuse coule sur le béton du quartier Perret, tandis que Jason Dodge observe l’Hôtel de Ville depuis la fenêtre d’un de ces appartements qui font l’unicité du Havre. Un appartement qui n’en est pas tout à fait un. Plutôt une capsule spatio-temporelle où la vie se serait suspendue depuis les années 1950. Outre le mobilier signé Pierre Paulin, René Gabriel ou Marcel Gascoin, des objets du quotidien s’évertuent à créer l’illusion. Des vêtements dans les placards, des photos dans les cadres, un cheval à bascule... Le temps se serait donc arrêté ici. Ou alors quelqu’un aurait délibérément tenté de l’arrêter en recomposant pièce par pièce un intérieur d’après-guerre. Fasciné par le Havre et par le style d’Auguste Perret, Jason Dodge réfléchit. Installer une œuvre déjà existante ici n’aurait aucun sens. Elle ne serait qu’un objet rapporté, jurant avec son environnement. L’œuvre qu’attend ce lieu est au cœur du Havre même. Arrêter le temps… Le regard de Jason se porte sur l’horloge de l’Hôtel de Ville. Les aiguilles ont disparu. Dans la rue, les passants s’arrêtent, ahuris. Quittant la fenêtre, l’artiste balaie le salon du regard. Elles sont là. Les aiguilles. Disproportionnées, maladroites. Il a donc réussi à littéralement voler le temps et ainsi parachever le troublant appartement. En enlevant les aiguilles de l’horloge pour les déposer ici, il a peut-être également réussi à affranchir l’œuvre de son rapport, jusqu’alors obligatoire, à la forme. Car de forme nouvelle, il n’en a pas créé. Il n’a pas créé de ready-made non plus. L’objet n’a pas d’importance ou du moins, il n’est pas là pour lui-même mais pour ce qu’il déclenche dans l’imaginaire de celui qui le regarde et par les questions qu’il suscite. Les aiguilles, ont-elles vraiment été enlevées ? Etait-ce vraiment les aiguilles de l’horloge de l’Hôtel de Ville? L’œuvre prend toute sa dimension au sein de l’esprit, et en ce sens le travail de Jason Dodge pourrait être assimilé à la télépathie. Dont le pouvoir coulerait sur le béton du quartier Perret.

Expositions personnelles*
• 2007 : Yvon Lambert Paris, Paris
• 2006 : Casey Kaplan, New York
• 2005/04 : Installation Series, Orange County Museum of Art, Newport Beach, Californie ; Villa Arson, Nice

Expositions Collectives*
• 2008 : Intense Neutral-MITIM, La Maison Pop, Paris
• 2007 : You Always Move in Reverse, Leo Koenig Inc., New York
Some Time Waiting, Kadist Art Foundation, Paris
• 2006 : Street : Behind the Cliché, Witte de With Center for Contemporary Art, Rotterdam

*Sélection