Interviews dans la presse :

"Le Figaro : Pourquoi commence-t-on les traitements orthodontiques de plus en plus tôt ? "

 

Docteur Patrick FELLUS

Spécialiste qualifié en orthopédie dento-faciale

Attaché Consultant au CHU Robert Debré Paris

Membre national associé à l’Académie nationale de chirurgie dentaire

Président de La Société Française d’Orthodontie Pédiatrique

 

 

Interviewer – Nous étions habitués à voir de nombreux adolescents avec des appareils orthodontiques quelque peu disgracieux, or j’ai l’impression qu’actuellement cela est moins fréquent. Qu’en est-il ?

 

PF – Tout d’abord les progrès de l’orthodontie esthétique sont constants, bagues et fils invisibles, orthodontie linguale, gouttière transparente, et effectivement nous voyons beaucoup moins d’enfants avec des casques extra-oral depuis l’apparition de petits implants servant de support aux tractions mécaniques.

 

De plus nous traitons les enfants de plus en plus jeunes et lorsqu’ils ont bénéficié d’un traitement précoce, les indications de traitement multibagues sont nettement diminuées. On utilise des appareils très simples, pratiquement toujours invisibles et qui mis en place entre trois et six ans permettent de corriger très tôt et d’une manière stable les gros troubles de l’occlusion.

 

En 2002 l’ANAES devenue depuis Haute Autorité de Santé a publié ses recommandations concernant l’orthodontie, décidant d’une manière consensuelle que la première consultation devait avoir lieu avant 6 ans, et a défini tout une pathologie qui devait être traitée en denture temporaire afin que la croissance ne vienne pas aggraver les anomalies diagnostiquées.

 

I – Ces traitements sont-ils véritablement stables et la poussée des dents définitives ne vient-elle pas perturber les résultats obtenus ?

 

PF – Cette approche plus pédiatrique de l’orthodontie fait appel aux forces naturelles délivrées par les muscles lors des différentes fonctions (élocution, mastication, déglutition). La plupart des anomalies constatées sont le résultat d’un déséquilibre de ces forces musculaires qui se visualise par des malpositions dentaires, et presque toute la pathologie que l’on peut rencontrer à 12 ans existait déjà en denture temporaire. Pourquoi attendre cet âge alors que l’on peut avoir à 6 ans un sourire magnifique.

 

Ces corrections ne sont pas le résultat de forces mécaniques artificielles mises en place par le praticien mais par les modifications des forces musculaires induites par l’abandon de fonctions archaïques (pouce, tétine, biberon).

 

L’acquisition d’une bonne déglutition, arcade dentaire au contact, d’une respiration nasale, d’une bonne mastication et d’une alimentation normalement dure (plus de purée, viande mixée, petit pot) va favoriser la croissance des maxillaires et permettre aux dents définitives d’évoluer en bonne position. Il devient alors de plus en plus rare d’être obligé d’extraire des dents définitives. Sachons que tout cela se passe physiologiquement  4 ans et que les enfants qui l’ont découvert spontanément à cet âge font partie des enfants qui n’auront vraisemblablement jamais besoin d’orthodontie.

 

 

I – Mais n’est-il pas difficile d’imposer un appareil à des enfants si jeunes ?

 

PF – Bien au contraire le contexte psychologique n’est pas du tout le même et le jeune enfant se sentira valorisé par le port d’un appareil, l’intégrera à son schéma corporel et ne sera absolument pas préoccupé par la durée de son traitement (maximum 18 mois remboursé par la Sécurité Sociale).

 

Et quel soulagement pour lui d’être débarrassé des problèmes orthodontiques au moment de l’adolescence, âge où ils ont d’autres préoccupations à gérer.

 

Attention il faut commencer tôt, le plus tôt possible mais au meilleur moment et cet âge n’est pas le même pour chacun. Certains enfants seront tout à fait aptes à assumer les légères contraintes de l’appareil dès 3 ans, d’autres à 5 ans sont encore trop immatures et fusionnels pour leur imposer cela.  Et surtout tous les cas ne nécessitent pas un traitement précoce. Il faut connaître les indications mais aussi les contre-indications si l’on veut utiliser cette approche à bon escient.

 

I – Tous les orthodontistes pratiquent-ils ces méthodes ?

 

PF – Chaque praticien a le choix de sa thérapeutique et du moment où il préfère commencer son traitement, mais cela doit être discuté avec les parents à qui toutes les informations seront communiquées. Ils pourront ainsi donner leur consentement éclairé aux propositions du praticien.

 

Mais on ne devrait plus entendre dire « on ne peut rien faire, revenez quand ses dents de lait seront tombées ».

 

 

"La Croix : Pour ou contre la tétine ? "

 

Vite perdue, parfois sale, accusée de déformer la dentition ou de museler l’expression des petits, la tétine est néanmoins sur toutes les lèvres.

 

Il y en a de toutes sortes. Il faut d’abord choisir la matière. Les premières sont en caoutchouc, les secondes en silicone. Puis il faut choisir la forme :  la « téterelle » – la partie que le bébé met dans sa bouche – est plate ou relevée. On en trouve des phosphorescentes (faciles à retrouver dans le noir). Certaines portent un message (« Ma maman à moi »), d’autres sont rehaussées de moustaches !

 

Toutes ont cependant un point commun : elles deviennent vite le centre de toutes les attentions du bébé et de ses parents. La perdre au moment du coucher ou l’oublier en promenade vire au drame. Et combien de fois faut-il la replacer dans la bouche dont elle ne manque pas de tomber…

 

Malgré ces désagréments, la tétine est sur toutes les jeunes lèvres, comme en atteste un rapide coup d’œil dans les aires de jeux, les parcs et les poucettes. Elle a en effet des arguments de poids.

 

Tout d’abord, « pour les tout petits, la tétine a un effet magique », constate la psychologue Anne Bacus (« Votre enfant de 1 à 3 ans », Marabout, 2013) « Elle les apaise merveilleusement bien et il serait dommage de s’en priver. » Jusqu’à 6 mois en effet, l’enfant éprouve un fort besoin de succion. Pendant cette phase dite « orale », il porte à sa bouche tous les objets disponibles à portée de sa main. Il découvre ainsi le monde, par le goût, comme l’ont montré notamment les travaux du biologiste et philosophe Jean Piaget (« La naissance de l’intelligence chez l’enfant »). À cet âge donc, nul besoin de lutter contre la tétine : téter est un besoin.

 

La tétine est même confortée par la science. Plusieurs études ont montré son impact positif, jusqu’à l’âge d’un an, dans la lutte contre la mort subite du nourrisson (MSN). Derniers en date, des travaux publiés par le British Medical Journal en 2005 évaluent que la tétine diminue le risque de MSN de 92 % pendant le sommeil. Pourquoi ? Mystère. Deux explications sont notamment avancées. L’effort de succion qu’elle suppose pourrait « stimuler » cerveau qui, du coup, donnerait mieux l’ordre de respirer. Les ailettes de la tétine pourraient aussi contribuer à mieux dégager le nez et éviter les étouffements. Quoi qu’il en soit, les résultats de ces études ont été jugés suffisamment probants pour que l’usage de la tétine soit officiellement recommandé aux États-Unis.

 

Malgré tout, la tétine n’a pas que des vertus.

 

Tout d’abord, « la tétine ou le pouce sont à l’origine de la plupart des problèmes orthodontiques de l’enfant », rappelle le Dr Patrick Fellus, attaché consultant à l’hôpital Robert Debré à Paris et président de la Société française d’orthodontie pédiatrique. Pour ce spécialiste, si elle peut être tolérée jusqu’à 2 ans, « elle doit être abandonnée ensuite ».

 

Quitte à ce que l’enfant ne l’entende pas de cette oreille, et oppose une certaine résistance… Car les spécialistes l’affirment, vers l’âge de 10 mois, le besoin de succion diminue. De la tétine par nécessité, l’enfant passe alors à la « tétine par habitude », reprend Anne Bacus. « Garder trop longtemps une tétine peut créer une dépendance. Elle devient un doudou alors que ce n’est pas son rôle. » La psychanalyste Myriam Szejer a ainsi parlé de « toxicomanie » (« Petite école, grande rentrée », Bayard, 2011) pour les enfants qui ont encore leur tétine à l’école.

 

« Mieux vaut que l’enfant arrête la tétine à 2 ans, quitte à ce qu’il prenne son pouce jusque vers 4 ans, reprend le Dr Fellus. Ni l’un ni l’autre ne sont bons pour les dents. Mais sucer son pouce est un geste ancestral, qui commence in utero, comme le montrent de nombreuses échographies. La tétine, elle, est un élément extérieur, donné par les parents. Elle crée une dépendance vis-à-vis de l’entourage qui peut poser des problèmes éducatifs ou psychologiques. Une étude suédoise a par ailleurs montré le lien entre la tétine et le retard dans l’apprentissage du langage. »

 

L’usage soit donc être nuancé selon les âges. « Et aucune tétine ne peut se prévaloir d’une action orthodontique, contrairement à ce que certaines marques affirment », avertit le médecin. Comment dès lors concilier l’impérieuse nécessité de téter, la lutte contre la mort subite du nourrisson sans condamner l’enfant plus tard à porter un appareil dentaire ? En chantant ! Une étude menée auprès des Petits Chanteurs à la Croix de bois a montré que seuls 8 d’entre eux (sur 62) avaient besoin d’un appareil. La mobilité de la langue et la bonne circulation d’air qu’impose avaient corrigé naturellement les dégâts du pouce et de la tétine. Alors, tous à la chorale ? Cela vaut au moins la peine d’essayer.

 

Emmanuelle Lucas

L’Association

L’Association a pour but de promouvoir la coopération entre orthodontistes, stomatologistes ORL et pédiatres, autant pour améliorer la formation des praticiens concernés, que  pour favoriser toute initiative dont bénéficieront nourrissons, enfants et  adolescents dans ce domaine. Elle aide soins, études, recherches et enseignement ayant trait à cette spécialité.

Composition du bureau et membres fondateurs :

Docteur Carinne BEN YOUNES-UZAN

Docteur Agnès HELEWA

Docteur Marguerite Marie LANDRU

Docteur Michel LECENDREUX

Contact

secretariat@orthodontiepediatrique.com

 

Société françaises d'orthodontie pédiatrique

18 rue de Condé

75006 Paris

 

Tel : 0609269269

 

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COMMENT MODIFIER LE PROGRAMME DE DEGLUTITION CHEZ L’ENFANT DES L’AGE DE TROIS OU QUATRE ANS
 
Alors qu’il se trouvait dans un milieu aquatique, à température constante et nourri en continu, le foetus va lors de l’accouchement être  propulsé dans un milieu aérien, obligé de respirer par lui-même et le cordon ombilical qui l’alimentait va être coupé. Fort heureusement il s’était  entrainé in utero pendant des semaines en avalant du liquide amniotique, à mettre en place une unité fonctionnelle lui permettant dès les premières minutes de son existence de découvrir le sein maternel et de subvenir à ses besoins alimentaires.
 
Ce programme de déglutition reste physiologique tant que la bouche est dépourvue de dents ; la langue remplit complètement la cavité buccale et établit un contact entre sa partie latérale et les joues, et sa partie antérieure et la muqueuse labiale. Mais à partir du moment où le système dentaire se met en place doit apparaître la mastication. La denture lactéale délimitera alors deux territoires celui de la langue (le palais) et celui de la muqueuse labio-jugale, avec entre les deux  une frontière infranchissable  pour la langue. L’activité de ses dix sept muscles  contre la face interne des dents  permettra une stimulation optimale de la croissance antéro-postérieure et transversale des maxillaires.
 
Mais si  la succion déglutition perdure, l’activité  des forces de la musculature labio-jugale perturbera la croissance eumorphique et entrainera des désordres squelettiques variables dans les trois sens de l’espace.
 
Doit  donc  se mettre en place un nouveau programme  de déglutition beaucoup plus perfectionné et confortable. Cela se passe naturellement chez le jeune enfant puisqu’à l’âge de quatre ans 60% d’entre eux ont découvert spontanément ce nouveau mode de déglutition. C’est  d’ailleurs l’échantillon dans lequel on retrouve les 50% d’enfants ne nécessitant pas de traitement orthodontique.
 
Si cela ne s’est pas produit  il faudra tout comme sur un ordinateur installer le nouveau programme, c’est  ce que fera le praticien lors d’une série d’exercices codifiés. L’enfant disposera alors de deux programmes de déglutition car tout comme pour l’ordinateur, il est impossible d’effacer un programme du disque dur ou du cortex. Il faudra alors ne plus utiliser l’ancien programme c’est à dire ne plus cliquer sur son icône mais sur l’icône du nouveau programme installé. L’icône de l’ancien programme c’est « j’ai les lèvres contractées », l’icône du nouveau programme « mes lèvres sont détendues et mes dents du fond se touchent ». Si au moment où l’enfant va avaler sa salive ses lèvres sont contractées par l’activité du nerf facial c’est automatiquement l’ancien programme qui va être utilisé. Si au contraire les lèvres sont détendues et les dents serrées sous le contrôle du trijumeau c’est le bon programme qui va être appelé.
 
« Froggy mouth » est un dispositif  destiné  à contrôler le choix de la bonne icône. Il se place entre les lèvres et les dents et a pour effet d’éloigner la lèvre supérieure de la lèvre inférieure. Dans un premier temps l’appareil devra être porté quinze minutes par jour devant la télévision ou un écran d’ordinateur de manière à stimuler le câblage neurologique gérant les mouvements automatiques.
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L’absence d’un contact bi-labial interdira toute possibilité de réaliser une pression négative à l’intérieur de la cavité buccale et par voie de conséquence le recours à la succion déglutition lorsque l’enfant avalera sa salive.
 
Il sera obligé de découvrir spontanément la nécessité d’une position haute postérieure du dôme lingual qui se réalise lors de la mise en tension du styloglosse, muscle qui diminue la largeur de la langue et entraine une élévation postéro-supérieure permettant à l’apex lingual de se situer dans une zone physiologique sans référence sensorielle pour celui-ci. On obtiendra ainsi une postériorisation des images motrices initiales passant de l’exoface à l’endoface.
 
Cette approche est tout aussi valable pour les enfants plus âgés, voire pour les adultes,  sachant que le délai d’acquisition sera d’autant plus long que le sujet est âgé.